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Techniques du travail du bois

Réussir un assemblage tenon-mortaise : traçage, taille et ajustage

En bref — Un assemblage tenon mortaise relie deux pièces en T ou en L : une languette taillée en bout de traverse (le tenon) s’emboîte dans une cavité creusée dans le montant (la mortaise). Il vous faut un trusquin, une équerre, une scie à dos, un ciseau à bois et un bédane (ou une perceuse à colonne), plus de la colle vinylique et des serre-joints. Le point clé : un tenon épais d’environ un tiers de la pièce, qui entre à la main sans forcer. Comptez une heure pour votre premier assemblage, puis une vingtaine de minutes avec l’habitude.

C’est l’assemblage que l’on retrouve sur les tables de ferme, les chaises anciennes et les portes de grange, et il tient depuis des siècles. Le tenon mortaise offre une grande surface de collage bois de fil contre bois de fil, un blocage mécanique naturel et une excellente résistance à la flexion. Il fait partie des principaux assemblages en menuiserie et constitue un passage obligé pour qui veut construire des meubles en bois massif. Cette méthode s’inscrit dans notre dossier sur les techniques du travail du bois ; voici comment le tracer, le tailler et l’ajuster proprement.

Comprendre l’assemblage et ses variantes

Le vocabulaire d’abord. Le tenon comporte deux joues (les grandes faces) et des arasements (les épaulements qui viennent s’appuyer contre le montant). La mortaise est la cavité rectangulaire qui le reçoit. On distingue plusieurs variantes :

  • Tenon borgne : la mortaise ne traverse pas, l’assemblage est invisible. C’est le plus courant sur les tables et les chaises.
  • Tenon traversant : il ressort de l’autre côté du montant ; on peut le bloquer par des coins ou le laisser apparent comme élément décoratif.
  • Tenon épaulé : une partie du tenon est réduite en largeur, pour ne pas affaiblir le haut du montant ou pour masquer une rainure.
  • Tenon chevillé : une cheville de bois traverse montant et tenon, ce qui serre l’assemblage sans colle et le rend démontable à la réparation.

Les proportions à respecter

Des règles éprouvées guident le dimensionnement :

  • Épaisseur du tenon : environ un tiers de l’épaisseur de la traverse. Pour une traverse de 27 mm, visez 9 ou 10 mm ; pour 22 mm, 8 mm. Choisissez de préférence une valeur égale à la largeur d’un de vos ciseaux ou bédanes.
  • Longueur du tenon borgne : environ deux tiers à trois quarts de l’épaisseur du montant, en gardant au moins 8 à 10 mm de bois au fond. Dans un pied de 45 mm, un tenon de 30 mm convient.
  • Largeur du tenon : on retire en général un épaulement de 8 à 15 mm côté haut pour que la mortaise ne débouche pas en tête de pied.
  • Profondeur de la mortaise : 2 mm de plus que la longueur du tenon, pour laisser une réserve à la colle.

Exemple concret pour une table : pieds de 45 × 45 mm, traverses de ceinture de 90 × 22 mm. Tenon de 8 mm d’épaisseur, 30 mm de long, 75 mm de large ; mortaise de 8 × 75 mm, profonde de 32 mm, décalée de 5 mm vers l’extérieur du pied pour laisser la place à la mortaise perpendiculaire.

Le traçage : là où tout se joue

Un tenon mortaise précis est d’abord un tenon mortaise bien tracé. Préparez des pièces dégauchies, rabotées et d’équerre, puis repérez sur chacune la face et le chant de référence.

  1. Tracez les arasements sur la traverse avec une équerre et un tranchet (ou un cutter), sur les quatre faces. Le trait incisé guide la scie mieux qu’un trait de crayon.
  2. Réglez le trusquin double (trusquin à mortaise) sur l’épaisseur du tenon, puis sur la distance à la face de référence.
  3. Tracez les joues du tenon en appuyant toujours le trusquin contre la face de référence, sur le bout et les deux chants.
  4. Sans modifier le réglage, tracez la mortaise sur le montant, toujours depuis la face de référence. C’est ce qui garantit que les deux pièces affleureront.
  5. Hachurez les parties à enlever pour éviter toute erreur de coupe.

Tailler le tenon

Bridez la traverse verticalement dans l’étau, légèrement inclinée. Sciez d’abord les joues en restant côté déchet du trait, en commençant par l’angle puis en redressant progressivement la pièce pour descendre jusqu’à l’arasement. Posez ensuite la pièce à plat contre un taquet et sciez les arasements, là encore côté déchet, jusqu’à rejoindre la coupe de joue.

Une scie à dos à denture de coupe en long (ou une scie japonaise ryoba) facilite le travail. Si vous disposez d’une scie sur table ou d’une défonceuse sur table, vous pouvez tailler les joues par passes successives avec une butée ; la précision est excellente mais exige des réglages rigoureux et des protections en place.

Creuser la mortaise

Au ciseau et au bédane

Bridez le montant sur un billot solide. Placez le bédane, de la largeur de la mortaise, à 2 mm de l’extrémité du tracé, biseau vers le centre. Frappez au maillet, avancez de 3 à 4 mm, recommencez : vous hachez le bois en fines tranches que vous évacuez en levier. Descendez par passes jusqu’à la profondeur, puis reprenez les extrémités à la verticale, pile sur le trait.

À la perceuse

Méthode plus rapide pour débuter : percez une série de trous jointifs avec une mèche à bois à pointe de centrage de la largeur de la mortaise, avec une butée de profondeur. Une perceuse à colonne garantit la verticalité. Nettoyez ensuite les parois et les angles au ciseau. La défonceuse avec guide parallèle donne aussi d’excellents résultats, avec des angles arrondis à reprendre au ciseau ou un tenon à arrondir à la râpe.

Ajuster, coller et serrer

Présentez le tenon : il doit entrer à la main, avec une légère friction, et ne pas tomber tout seul. S’il force, affinez les joues au guillaume ou au ciseau, par passes très fines. S’il flotte, ne comptez pas sur la colle pour combler : collez une fine lame de placage sur la joue et reprenez l’ajustement. Vérifiez que les arasements portent sur tout leur pourtour et que l’ensemble est d’équerre.

Pour le collage, appliquez une colle vinylique sur les joues du tenon et les parois de la mortaise, sans en remplir le fond. Serrez avec des serre-joints protégés par des cales, contrôlez l’équerrage par les diagonales et essuyez les bavures à l’éponge humide. Laissez sous serrage 30 à 60 minutes et attendez 24 heures avant de solliciter l’assemblage. Pour les pièces moins sollicitées, un assemblage à tourillons constitue une alternative plus rapide.

Les erreurs fréquentes

  1. Tracer depuis deux faces différentes : la traverse et le montant ne sont plus affleurants.
  2. Scier sur le trait au lieu du côté déchet : le tenon est trop mince dès le départ.
  3. Tenon trop épais : une mortaise large affaiblit le montant et peut le fendre.
  4. Mortaises qui se rejoignent dans un pied : décalez-les ou coupez les tenons en onglet à leur extrémité.
  5. Ciseau émoussé : il écrase les fibres au lieu de les trancher. Affûtez avant chaque séance.

Outillage et budget

Pour tailler vos tenons et mortaises à la main, prévoyez : un trusquin à mortaise (20 à 50 €), une équerre de menuisier (15 à 40 €), une scie à dos ou japonaise (25 à 70 €), un bédane et deux ciseaux de 10 et 20 mm (40 à 100 € le lot), un maillet (15 à 30 €) et une pierre d’affûtage (20 à 60 €). Soit environ 150 à 300 € pour un outillage durable. Une perceuse à colonne d’entrée de gamme (120 à 250 €) ou une mortaiseuse à bédane carré (250 à 500 €) accélère nettement la production quand les projets se multiplient.

Questions fréquentes

Quelle épaisseur donner à un tenon ?

La règle courante est d’un tiers de l’épaisseur de la pièce, arrondi à la largeur d’un ciseau ou d’une mèche que vous possédez, soit par exemple 8 mm pour une traverse de 22 à 24 mm.

Faut-il coller un tenon mortaise ?

Dans la plupart des meubles, oui : la colle vinylique assure la rigidité à long terme, sauf pour un tenon chevillé ou à clé conçu pour rester démontable.

Peut-on faire un tenon mortaise sans ciseau à bois ?

Oui, en creusant la mortaise à la perceuse ou à la défonceuse puis en arrondissant les angles du tenon à la râpe, mais un ciseau reste très utile pour les finitions.

Que faire si le tenon est trop lâche ?

Collez une fine lame de bois ou de placage sur une joue, laissez sécher, puis reprenez l’ajustement au ciseau ; la colle seule ne comble pas durablement un jeu excessif.

Quelle longueur donner à un tenon borgne ?

Pour un tenon borgne, visez environ deux tiers à trois quarts de l’épaisseur du montant, en gardant au moins 8 à 10 mm de bois au fond. Dans un pied de 45 mm, un tenon de 30 mm convient. Creusez la mortaise 2 mm plus profond que le tenon, afin de laisser une réserve pour la colle.

Combien de temps laisser sécher un tenon mortaise collé ?

Laissez l’assemblage sous serre-joints pendant 30 à 60 minutes, avec des cales de protection, puis attendez 24 heures avant de le solliciter. Pendant le serrage, contrôlez l’équerrage en mesurant les diagonales et essuyez les bavures à l’éponge humide. Ces durées valent pour une colle vinylique : suivez la notice de votre produit.

Sources

  • Référentiels de formation du CAP menuisier fabricant (Éducation nationale).
  • FCBA — documentation technique sur la menuiserie en bois massif.
  • Norme NF EN 204 — classification des colles pour bois à usage non structural.
  • INRS — prévention des risques liés aux outils tranchants et aux machines à bois.
Votre premier tenon est prêt ?
Comparez-le aux autres solutions dans notre panorama des assemblages en menuiserie et choisissez le bon pour votre prochain meuble.

Travaillez toujours la pièce bridée, mains derrière le tranchant du ciseau, et portez des lunettes de protection. Les cotes sont indicatives et à adapter à vos sections de bois.

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